D'un petit-enfant à sa Bonne Maman

Publié le par srenzo

(avec beaucoup d'amour et d'émotion)

 

 

Je me souviens de ce moment

le jour de vos cent ans ;

ce tête-à-tête privilégié

où j'avais pu vous lire ce texte ;

vous m'avez écouté attentivement.

 

Je me souviens de vos regards

les yeux plissés et concentrés ;

du sourire que vous avez eu

quand vous m'avez coupé :

« Vous avez beaucoup de souvenirs monsieur ! »

 

Je me souviens de vos chansons

dans la cuisine de Revert ;

de Malbrough qui s'en va-t-en guerre

et qui ne sait quand reviendra ;

de ces aigus dans votre voix.

 

Je me souviens de la pâte à crêpes ;

de votre œil, rieur et complice,

et votre moue, pleine de malice,

à la deuxième cuillerée

de l'arôme de fleur d'oranger.

 

Je me souviens de votre main

qui caressait mes boucles blondes ;

de ce contact sur ma tête,

vos doigts passant dans mes cheveux

en m'appelant votre ange blond.

 

Je me souviens de l'odeur des huîtres,

ces soirs de réveillons familiaux ;

de votre grimace amusée,

du saumon, et du pain grillé

que nous partagions tous les deux.

 

Je me souviens de la sauce chasseur

qui accompagnait le sanglier ;

de votre clafoutis aux cerises ;

du flan au caramel ; de vos meringues ;

et de la bûche de Noël.

 

Je me souviens de votre pouce dressé ;

devant votre oeil enjoué,

claquant la langue,

quand vous parliez de votre père :

le plus grand avocat de Fraaance !

 

Je me souviens de votre port ;

un verre de vin à la main,

le lèvres légèrement pincées,

et le petit doigt levé :

très « distingué-z-et-racé !»

 

Je me souviens de vos expressions

que nous répétions en riant ;

« cric-crac entre les sapins »,

« boudiou qu'elle est bonne cette eau »,

« je ne fais que du très beau »,

« y m'a donné la peur, j'faisais l'geai » !

 

Je me souviens des pâtes trop cuites

dans la casserole en fer blanc

que vous posiez sur la table,

devant Bon 'P :

« Tiens papa, voilà tes nouillasses !»

 

Je me souviens des gâteaux de Nançay ;

vous préfériez les moins dorés,

je raffolais des plus grillés ;

de ce placard de la cuisine

où l'on trouvait toujours un sac.

 

Je me souviens des géraniums,

alignés aux fenêtres à l'étage ;

du long bec du petit arrosoir jaune ;

de l'eau qui pénétrait la terre

et dont je remplissais les coupelles.

 

Je me souviens de votre gentillesse ;

de votre attention à chacun ;

de votre élégance ; de vos robes rouges ;

et de votre sourire.

 

Je reconnais toutes ces traces

si bien ancrées en moi

que je vous dois

qui m'enracinent

 

Vous aurez vécu plus de cent ans, Bonne Maman ;

et pour moi vous êtes toujours

la Bonne Maman de mes dix ans.

 

Et si j'ai pleuré

en écrivant ces mots,

c'est de ces larmes rares

qui font tellement, tellement de bien !

 

Vous aurez vécu plus de cent ans, Bonne Maman ;

 

pour toujours vous êtes en moi

pour toujours je vous embrasse

 

et je vous dis simplement

et sincèrement

MERCI

d'avoir si bien été

la Bonne Maman de mes dix ans

 

 

 

janv. 2018

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