"Ode à la pomme" de Pablo Neruda (1904-1973)

Publié le par srenzo

 
 
Pomme, je veux
te célébrer,
en m’emplissant
la bouche
de ton nom,
en te mangeant.
 
Toujours
tu es nouvelle comme rien
ni personne,
toujours
juste tombée
du Paradis :
pleine
et pure
joue émue
de l’aurore !
 
Qu’ils sont
malaisés,
comparés
à toi,
les fruits de la terre,
les raisins cellulaires,
les mangues
ténébreuses,
les osseuses
prunes, les figues
sous-marines :
tu es pure pommée,
pain enbaumé,
fromage
de la végétation.
 
Quand nous mordons
dans ta ronde innocence
à nouveau
pour un instant
nous sommes
aussi des enfants nouveau-nés :
nous avons quelque chose encore
de la pomme.
 
Je veux
une abondance
totale, la multiplication
de ta famille, je veux
une cité,
une république,
un Mississipi de pommes,
et sur ses rives
je veux voir
toute
population
du monde
unie, réunie,
dans l’acte le plus simple de la terre :
mordre dans une pomme.
 
 
 
                           in Troisième Livre des odes

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